Un tribunal italien rappelle qu'un signalement Schengen ne suffit pas à justifier un refus de visa
Une décision importante du Tribunal administratif régional du Latium pourrait avoir des conséquences significatives sur la manière dont les autorités italiennes traitent les demandes de visa fondées sur un signalement dans le Système d'Information Schengen (SIS). Dans un arrêt publié le 9 juin 2026, le tribunal a jugé que l'existence d'un signalement SIS ne peut, à elle seule, justifier le refus d'un visa d'entrée sans que le demandeur soit informé des raisons précises ayant motivé cette décision.
L'affaire concernait un ressortissant étranger qui avait sollicité un visa italien pour travail salarié auprès du Consulat d'Italie à Casablanca. Sa demande avait été rejetée en raison d'un signalement enregistré dans le Système d'Information Schengen par les autorités autrichiennes. Toutefois, après le refus de visa, l'Autriche avait supprimé ce signalement. Malgré cette évolution, le Consulat avait refusé de réexaminer la demande, invoquant des obstacles procéduraux et techniques.
Le Tribunal administratif régional n'a pas partagé cette analyse.
S'appuyant sur la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, les juges rappellent que lorsqu'un État membre refuse un visa à la suite d'une objection formulée par un autre État membre, il est tenu d'indiquer au demandeur non seulement l'existence de cette objection, mais également l'identité de l'État concerné ainsi que les motifs précis qui justifient le refus. À défaut, le demandeur est privé de la possibilité d'exercer utilement ses droits de la défense et de contester efficacement la décision devant un juge.
L'intérêt de cette décision réside également dans son champ d'application. Le Tribunal considère que ces garanties procédurales ne concernent pas uniquement les visas Schengen de court séjour, mais s'appliquent également aux visas nationaux délivrés pour un emploi salarié. Selon les juges, aucune raison juridique ne justifie un niveau inférieur de protection procédurale selon la nature du visa demandé.
La décision s'appuie en outre sur un récent arrêt de la Cour constitutionnelle italienne, qui a précisé que le cadre juridique européen actuellement applicable au Système d'Information Schengen ne confère pas à un signalement SIS un effet automatiquement exclusif. Les autorités nationales demeurent tenues d'effectuer une appréciation individuelle de chaque situation afin de déterminer si la personne concernée représente réellement une menace pour l'ordre public ou la sécurité publique.
Cette affirmation marque une évolution importante dans la jurisprudence italienne. Pendant de nombreuses années, les signalements SIS ont souvent été considérés, en pratique, comme des motifs quasi automatiques de refus de visa ou de titre de séjour. Le Tribunal rappelle au contraire que les bases de données européennes constituent des instruments de coopération administrative et non des mécanismes de décision automatique.
Les juges reprochent également à l'administration italienne de ne pas avoir procédé à une véritable instruction après la suppression du signalement par les autorités autrichiennes. Aucune demande d'information complémentaire n'a été adressée à l'Autriche et aucune réévaluation de la situation personnelle du demandeur n'a été effectuée. Le refus est demeuré fondé exclusivement sur les informations figurant dans le système informatique utilisé par les services consulaires.
En annulant le refus de visa, le Tribunal administratif régional réaffirme un principe essentiel du droit européen de l'immigration : les outils numériques facilitent la coopération entre les États, mais ils ne peuvent jamais remplacer l'obligation, pour l'administration, de motiver ses décisions, d'examiner concrètement chaque situation individuelle et de garantir le droit à un recours effectif.
À l'heure où les politiques migratoires européennes reposent de plus en plus sur des systèmes d'information interconnectés, cette décision rappelle opportunément que l'efficacité technologique ne saurait prévaloir sur les garanties fondamentales de l'État de droit.
Me Fabio Loscerbo, Avocat