La conversion du titre de séjour saisonnier après l’expiration du permis : la primauté des conditions substantielles et la protection de l’intégration dans le jugement du Tribunal Administratif Régional de Lombardie, Quatrième Section, 8 juin 2026, n° 2962 (Affaire n° 2106/2024)
La conversion d’un titre de séjour pour travail saisonnier en titre de séjour pour travail salarié constitue l’un des instruments par lesquels le législateur italien entend favoriser la stabilisation sur le territoire national des travailleurs étrangers ayant déjà démontré leur capacité d’insertion dans le marché du travail. Dans cette perspective, le jugement rendu par le Tribunal Administratif Régional de Lombardie (TAR Lombardia), Quatrième Section, n° 2962 du 8 juin 2026, dans l’affaire n° 2106/2024, présente un intérêt particulier en ce qu’il aborde la question de l’incidence de l’expiration du titre de séjour sur la procédure de conversion.
Le litige trouve son origine dans la révocation d’une autorisation de conversion d’un titre de séjour pour travail saisonnier en titre de séjour pour travail salarié. L’administration considérait que la demande de conversion avait été introduite après l’expiration du permis et qu’elle ne pouvait donc être accueillie. Toutefois, le requérant a démontré que, bien que son titre de séjour fût valable jusqu’au 30 septembre 2023, celui-ci ne lui avait été matériellement remis que le 16 octobre 2023, soit après l’expiration de sa période de validité.
Cette décision revêt une importance particulière car elle s’inscrit dans une orientation jurisprudentielle privilégiant les éléments substantiels par rapport aux aspects purement formels des procédures administratives. Le Tribunal rappelle en effet la jurisprudence du Conseil d’État selon laquelle aucune disposition législative n’exige que le titre de séjour soit encore en cours de validité au moment du dépôt de la demande de conversion. L’élément déterminant réside plutôt dans la vérification des conditions substantielles justifiant la délivrance du nouveau titre.
Le jugement met ainsi en lumière la fonction économique et sociale de l’institution de la conversion. L’objectif poursuivi par le législateur n’est pas de sanctionner des irrégularités procédurales résultant de retards administratifs, mais de permettre le maintien régulier sur le territoire de personnes ayant développé un lien réel avec le marché du travail italien. Dans cette perspective, l’existence d’un contrat de travail, la disponibilité de ressources économiques suffisantes et l’insertion effective dans le tissu productif et social revêtent une importance nettement supérieure à la simple expiration formelle du titre initial.
La motivation apparaît particulièrement significative lorsqu’elle souligne que le retard dans la remise du titre de séjour était entièrement imputable à l’administration. Le Tribunal en déduit un principe général selon lequel un ressortissant étranger ne peut subir les conséquences négatives de dysfonctionnements ou de retards relevant exclusivement des autorités publiques. Une telle conclusion est pleinement conforme aux principes constitutionnels de bonne administration et d’impartialité consacrés par l’article 97 de la Constitution italienne.
Cette décision s’inscrit également dans une évolution plus large du droit italien de l’immigration, caractérisée par une attention croissante portée aux indicateurs concrets d’intégration. Les références faites par le Tribunal à la stabilité de l’emploi, à l’autonomie économique et à l’insertion dans le contexte socio-économique démontrent que l’évaluation administrative doit être centrée sur la situation réelle de l’intéressé plutôt que sur des éléments exclusivement documentaires ou procéduraux. L’intégration apparaît ainsi comme un critère juridiquement pertinent dans l’appréciation de la situation des étrangers sollicitant la régularisation de leur séjour.
La décision du Tribunal Administratif Régional de Lombardie confirme finalement une interprétation substantielle de l’article 24 du décret législatif n° 286 de 1998. Selon cette approche, la seule expiration du titre de séjour saisonnier ne saurait constituer, à elle seule, un motif suffisant pour refuser la conversion du permis. Ce qui importe réellement est la vérification des éléments démontrant l’intégration effective du travailleur dans le marché du travail italien ainsi que l’existence des conditions légales requises pour la délivrance d’un titre de séjour pour travail salarié. Sous cet angle, ce jugement renforce une orientation jurisprudentielle fondée sur la protection de la confiance légitime, le principe de raisonnabilité de l’action administrative et la valorisation des parcours d’intégration effectivement réalisés au sein de la société italienne.
Me Fabio Loscerbo
Avocat
ORCID : https://orcid.org/0009-0004-7030-0428
Déclaration de transparence sur les sources : Le présent article est fondé sur la décision du Tribunal Administratif Régional de Lombardie, Quatrième Section, n° 2962/2026, publiée le 8 juin 2026 dans l’affaire n° 2106/2024. Les références juridiques et les éléments factuels ont été vérifiés directement à partir du texte du jugement.